En tant que rédactrice de ce blog, je dois admettre que je connais Victoire depuis plus d’une décennie. Nous avons évolué dans les mêmes milieux professionnels avant de devenir amies et ensemble, nous avons évoqué notre endométriose, et notre désir d’enfant, bien avant de devenir mamans. Aujourd’hui, nous avons eu la chance de nous retrouver à Paris, aux côtés de son petit Théodore : mignonnerie incarnée et premier fan de Popote, avec toute l’objectivité qu’il se doit du haut de ses 8 mois. Pendant notre entretien, Victoire m’a raconté la longue histoire pour tenir son fils dans ses bras. Un récit très fort et livré à cœur ouvert avec beaucoup de douceur. Merci Victoire, pour ta parole !
Victoire, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Avant, j'aurais commencé par te dire « Bonjour, je m'appelle Victoire, j'habite entre Paris et Los Angeles, je suis journaliste et consultante culinaire ». Mais maintenant, j'ai juste envie de répondre « Je suis la maman de Théodore ». Parce que ma vie a changé, mon point de vue a changé et surtout, pour l'instant, mon job à plein temps, c'est vraiment d'être sa maman. Le reste est secondaire.
Peux-tu nous raconter l'histoire de ta grossesse ou plutôt ton parcours du combattant qui t'a amenée jusqu'à la rencontre avec ton fils ?
J’ai rencontré mon mari en 2013, on s'est mariés en 2021, le Covid a un peu retardé nos projets. On a commencé à essayer d'avoir un enfant fin 2022. Premier coup dur : une grossesse extra-utérine qui, comme elle a été très mal gérée, s’est soldée par une hémorragie interne. C’était assez traumatisant. Puis, à la suite de ça, j'ai fait quatre fausses couches : une tardive, deux précoces, et la dernière suite à une première FIV. J’ai souvent hésité à partager les détails de ce parcours, et bien qu’une partie de moi aurait préféré les garder dans le passé, je trouve cela important d’en parler afin que d’autres femmes qui traversent ces épreuves se sentent moins seules. Cette réalité, trop fréquente et trop souvent silencieuse, doit être mieux entourée et moins taboue.
Comment as-tu sauté le pas de la PMA ?
Cette première FIV, c’est vraiment mon mari qui a pris les devants pour préserver ma santé physique et mentale. J’en suis reconnaissante, car ce « cadre » de la FIV m’a beaucoup rassurée. On a fait des bilans, des check-ups et tout était normal. D’ailleurs suite à ma grossesse extra-utérine, peut-être liée à l’endométriose, j’avais réalisé une hysterosalpingographie avant de relancer tout projet de grossesse. Bref, tout était au vert ce qui est rassurant, mais en même temps un peu frustrant. Moi qui suis très rationnelle, c’était compliqué de ne pas avoir de réponses sur pourquoi ça n’avait pas abouti avant. On fait une première FIV, je refais une fausse couche, puis une autre FIV cette fois-ci à Barcelone. Et là je suis tombée enceinte de Théodore, et c'était vraiment la plus belle période de ma vie. J’ai eu une grossesse idéale.
Mais pourquoi Barcelone du coup ?
En France, il y a des restrictions sur le diagnostic pré-implantatoire, qui sert à tester les embryons et savoir (entre autres) lesquels sont voués à une fausse couche, ou à un échec d’implantation. Ce qui est un vrai sujet. C'est dommage que la France (un des pays pionniers de la FIV) ne l'autorise pas, et je sais que le collectif BAMP essaie de faire bouger les choses à ce sujet.
Attends, mais comment ?! On peut tester les embryons pour éviter les fausses couches ?
Cela permet de savoir si l’embryon est génétiquement viable ou non, et d’éviter un transfert qui n’aboutira pas. Car la PMA, c’est une épreuve pour le corps, pour le mental, pour le couple. Ce sont des moments de longue attente et de silence, où l’on se sent absolument impuissant. Le fait de ne pas comprendre, c’est dur. Se réjouir pour les grossesses des autres tout en ressentant une tristesse latente. J’insiste sur ce double sentiment de pouvoir être heureux et triste à la fois. Il existe ! Donc, pour nous, deux années d’attente, de joies et de peines. Et finalement, je suis tombée enceinte de Théodore.
Et ton fils est né...
Absolument ! Et j’ai compris, quelques semaines après sa naissance, qu'il était venu tout réparer. Pendant longtemps j’ai été fâchée avec la vie, avec les hormones et les émotions. Et quand Théodore est né, j’ai pris conscience que tout devait se passer ainsi. Je n’aurais pas voulu que ce soit autrement. Si ça avait fonctionné un autre jour, un autre cycle, un autre endroit, ça n’aurait pas été lui. Quand j'ai rencontré mon fils, il a tout guéri.
Comment était ta grossesse alors ?
C’était merveilleux. Psychologiquement, j'étais en paix car j’avais déjà vécu ces premières étapes. Chaque semaine, j’étais contente que ça avance, mais sans la peur au ventre. Quand on a entendu le cœur à l'écho pour la première fois, c’était un immense soulagement. Et physiquement, j’ai eu beaucoup de chance aussi ! Pour l’anecdote, j’ai dû avoir une demi-journée de nausée seulement. C’est tombé un jour où je devais tester un restaurant étoilé, j’étais malade entre chaque bouchée. Mais durant neuf mois, je n’ai eu mal nulle part, j’ai continué à faire du yoga tous les jours. J’avais ce sentiment merveilleux de me savoir déjà maman, de le sentir bouger dans mon ventre – sans pour autant avoir les réveils nocturnes ou les coliques du nourrisson ! C’était ce « sweet spot » merveilleux, intangible, que m’offrait la vie. Oui, j'aurais aimé être enceinte pendant des années !
Le rêve ! Et comment s'est passé ton accouchement ?
J’étais suivie à Los Angeles par ma gynéco que j'aime beaucoup, et je me suis préparée à un accouchement physiologique, tout en gardant l’esprit ouvert… L’accouchement a commencé par la perte des eaux dans ma chambre un lundi soir, après une très belle randonnée. Il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, ils ont tendance à déclencher très en avance, encore plus en cas de FIV ! Donc j’ai tout donné pour ne pas passer par la case déclenchement. J’ai eu 25 heures merveilleuses de contractions sans péridurale. Intenses, certes, mais qui avaient du sens. Ensuite j’ai dû être déclenchée, et les contractions avec de l’ocytocine de synthèse étaient beaucoup plus difficiles à gérer. J'ai fait le choix, conscient et complètement en paix, de prendre la péridurale. J’ai autant aimé le travail avec et sans péri. Aucun regret !
Donc là, tu es à plus de 40 heures de travail, comment ça s'est passé à la fin ?
Grâce à la péri peu dosée, j’avais encore beaucoup d'énergie, j'ai pu pousser correctement et rapidement, et en quelques poussées seulement, mon fils est né. C’était tellement émouvant.
Le retour à la maison s'est bien passé ?
Aux Etats-Unis, on ne reste qu’un ou deux jours à la maternité. On est rentrés à la maison tous les trois, avec ce bébé si calme. J’avais une doula française (qui est aussi mon amie, et mon ostéopathe) qui m’a énormément aidée. Tout le premier mois, Théodore dormait bien, il ne prenait pas assez de poids donc il fallait le réveiller toutes les deux heures pour l’allaiter, puis je tirais mon lait et mon mari lui donnait le biberon. Il m’a beaucoup soutenue, mais c'était épuisant.
Ton allaitement s'est mis en place tout de suite hyper bien ?
Hormis ce premier mois chaotique, je suis tombée amoureuse de l’allaitement. Je tiens à préciser que chaque femme fait ce qu'elle souhaite, qu’il faut célébrer le biberon, le tire-allaitement, l’allaitement mixte, etc. Mais dans mon histoire à moi, donner le sein me tenait à cœur. Comme le parcours avait été difficile, et l'accouchement que j'espérais physiologique s’était soldé par un déclenchement… L'allaitement, je crois, me semblait être un moyen de réparer, de recréer du lien. Aujourd’hui, il a 8 mois et je continue encore.
Et la diversification alors ? Comment ça s'est passé ?
C’est drôle, parce que je m'étais toujours dit que je cuisinerais chaque repas pour mon enfant. Je m'imaginais préparer des purées, des compotes, inventer des recettes. Mais je ne connaissais pas encore la réalité d'une vie de maman à plein temps sans mode de garde. Et j’ai revu mes ambitions !
Et donc on en vient à ta rencontre avec Popote je crois pendant cette période...
Popote a vraiment changé la diversification pour moi. Parce que ça m'a enlevé toute la pression, toute la charge mentale. J’en avais clairement besoin ! J’ai pris beaucoup de plaisir dans cette diversification grâce à Popote. Maintenant que Théodore a 8 mois, je commence à ajouter des morceaux, ou alors je me sers des légumes Popote pour faire des flans DME, des pancakes, etc. Et même moi, je l’avoue, j’en mange très souvent : j’ai un faible pour la purée de maïs, et celle au lait de coco.
Qu'est-ce que tu as aimé ?
Le fait que mon fils puisse goûter des saveurs que je n’aurais pas eu l’occasion de lui cuisiner : purées de betterave, artichaut, mirabelle… On a tellement aimé ces instants de vie avec ses premières bouchées, je me souviens filmer sa première cuillérée de carotte et voir ses yeux s’illuminer ! Ce que j'aime aussi, c'est le fait que les ingrédients soient séparés. Je viens du milieu de la gastronomie où chaque matière première est importante donc ça compte beaucoup à mes yeux. Là, je maîtrise ce que je propose à Théodore pour les repas, et les quantités que je lui donne. Je peux lui faire un menu digne de la bistronomie : veau, panais, polenta. J’adore !